Contes du Pays d'Azur, par Edmond Rossi
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Se donner n’a de sens que si l’on se possède. [Albert Camus]

LE TRESOR DES TEMPLIERS

le tresor des templiers

C’est en 1135 que les chevaliers du Temple, s’établirent à Nice, occupant plus tard en 1154 un édifice désigné sous le nom de « Temple », situé dans l’actuelle rue de la Préfecture.
Hors les murs, ils disposaient de deux autres établissements, l’un, sorte d’hospice ouvert aux voyageurs franchissant le Var, installé sur la rive gauche du fleuve ; l’autre, dit de Sainte Marie, bâti dans la campagne du Ray baptisé aujourd’hui encore quartier du Temple.
C’est dans ces différentes retraites que le 24 janvier 1308 seront interpellés, comme ailleurs en Provence, les « chevaliers aux blancs manteaux » du bailliage de Nice. Cet événement avait été précédé par la rafle opérée le 13 octobre 1307 dans tout le Royaume de France sous l’ordre de Philippe le Bel. A la suite de ce premier coup de filet, le fameux trésor du Temple avait été acheminé clandestinement dans le Midi pour être transporté ensuite en lieu sûr vers les possessions d’Orient. Il était prévu de l’embarquer au port provençal d’Antibes.

C’est dans ce contexte que se situe le récit qui suit. Chaque nuit, lorsque la cloche du donjon sonnait le huitième quart du guet, une ombre sortait du Temple du quartier Saleya, puis longeant les murs des ruelles, elle grimpait jusqu’à l’actuelle rue de Malonat au pied de la courtine imposante du bastion Saint Elme.
Parvenu devant une maison anonyme, l’homme s’arrêtait pour s’assurer de ne pas être suivi, puis se décidait à choquer la porte. S’ensuivait un rituel bien réglé : le guichet s’entrouvrait et une voix chuchotait : « Baphomet », l’inconnu répondait « Abaddon », la voix lui réclamait alors le nom ? S’établissait ensuite un dialogue où chacun donnait alternativement une des lettres formant le nom d’Emmanuel. Puis, rassemblant ces huit lettres, le visiteur prononçait le nom donné par le prophète Isaïe au Rédempteur : « Emmanuel ». La porte lui livrait alors passage.

Toutes ces précautions de conspirateur devaient aboutir à l’amoureuse rencontre d’Auger Guigonis, chapelain du Temple, avec Bertrade d’Arlac, fille du gouverneur du château de Nice. Nourri des principes ésotériques de son ordre, prudent et jaloux à l’extrême, l’amant ténébreux imposait ce protocole mystérieux pour parvenir jusqu’au nid de sa colombe. Les deux jeunes gens consacraient ensuite le reste de la nuit aux jeux d’un amour d’autant plus intense qu’il était secret.
Pourtant, cette nuit là, au-delà des mots doux chuchotés à l’oreille, la douce Bertrade ouvrit son cœur pour exposer à son ami un tout autre discours.
La fille du gouverneur connaissait la disgrâce qui avait frappé les chevaliers du Temple dans le Royaume de France et l’influence exercée par Philippe le Bel sur Charles II d’Anjou, Comte de Provence et lieutenant du Roi de France.
Des bribes de conversation saisies au château faisaient état de la haine portée aux Templiers, dont la réussite et la puissance constituaient une menace parce que sorte d’état dans l’état. Les préparatifs de contingents de ces moines-soldats destinés à une nouvelle croisade, mais opérant en réalité une prudente retraite, avaient momentanément apaisé ces rumeurs.
Bertrade fit part de ses craintes à Auger et décidée à en savoir davantage, elle affirma pouvoir mieux l’informer dès le lendemain.
Bien que conscient de la menace qui pesait sur sa communauté, Auger Guigonis restait...



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